Rénovation Énergétique

Par Louis Thomas Federspiel | publié le 22-02-2024 à 09:35

Où va MaPrimeRénov’ ?

Entre ses dispositions à contresens et les spectaculaires évolutions de son budget, à la hausse comme à la baisse, MaPrimeRénov' fait l'objet d'annonces aussi incessantes qu'incohérentes de notre gouvernement. Après deux articles consécutifs consacrés à ce sujet, l’actualité de la semaine écoulée nous conduit à nouveau au chevet de MaPrimeRénov’.

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Où va MaPrimeRénov’ ?
Certes, le budget de MaPrimeRénov' pour 2024 est finalement moins ambitieux qu'annoncé, mais il reste si supérieur à celui de 2023 qu’il ne sera probablement pas entièrement dépensé…

Si le dispositif MaPrimeRénov’ traduit la volonté des pouvoirs publics d’encourager la rénovation énergétique des logements, cette volonté semble contrariée. La baisse d’un milliard d’euros du budget de MaPrimeRénov’ annoncée le dimanche 18 février par notre ministre des Finances à la recherche d’économies suscite l’incompréhension du secteur. Le budget de MaPrimeRénov’ pour 2024 s’élèvera toutefois à 4 milliards, soit 600 millions d’euros de plus qu’en 2023.

MaPrimeRénov’ 2024 : simplifier et économiser ?

Cette annonce fait suite à d’autres visant à simplifier l’accès à MaPrimeRénov’ sur trois points : limiter le recours à Mon Accompagnateur Rénov’ aux propriétaires bénéficiant des subventions les plus élevées, simplifier le label RGE et libérer le financement des gestes de rénovation jugés simples et efficaces.

Si ces annonces ont été saluées, le coup de rabot sur MaPrimeRénov’ est largement critiqué. Par exemple, la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim) s’alarme de cette baisse qu’elle juge « incompréhensible, alors que les obligations de travaux énergétiques imposées par la loi doivent s’accélérer ».

Montagnes russes budgétaires

De son côté, la Fédération française du bâtiment (FFB), après avoir salué les « intentions » du gouvernement pour relancer MaPrimeRénov’, dénonce l’« incohérence totale » consistant à amputer cette aide trois jours plus tard. « Ces coups de barre laissent craindre qu’il n’y ait plus de vision au sommet de l’État. Organiser la mutation d’une filière dans ces conditions devient tout simplement impossible », affirme le syndicat dans un communiqué.

Enfin, le président de la Capeb, qui représente des entreprises du bâtiment de moins de dix salariés (97 % du secteur), estime que « la priorité est de pousser les particuliers et les artisans vers la rénovation » faisant valoir que « les budgets MaPrimeRénov’ ont été moins consommés l’an dernier qu’en 2022 ». Il est vrai qu’en dépit d’une hausse conséquente de son budget, les aides effectivement distribuées par MaPrimeRénov’ sont passées de 3,1 à 2,7 milliards d’euros en 2023, faute de demandes, alors que 3,4 milliards étaient prévus.

Des changements qui ne changent rien ?

À la lumière de ce constat, la baisse annoncée paraît sans grande conséquence tant il semble probable que l’enveloppe actuelle, même ramenée à 4 milliards d’euros, restera difficile à dépenser en raison des lourdeurs et des angles morts du dispositif, d’un reste à charge trop important pour beaucoup de ménages et d’une main-d’oeuvre insuffisante. En réalité, l'objectif - qui paraît délicat à atteindre - reste bien de dépenser plus, mais le signal donné est inquiétant au moment où d’autres pays européens (Allemagne et Suède) réduisent aussi leurs ambitions vertes, loin des objectifs de décarbonation que nous nous sommes fixés à l’échelle européenne.

En France, le secrétariat général à la planification écologique espère 200 000 rénovations d’ampleur en 2024 (contre 71 600 en 2023) et une montée en puissance pour arriver à 900 000 par an en 2030. On aimerait y croire, mais on ne peut que redouter que cette rénovation à marche forcée fasse entrer en scène des acteurs peu scrupuleux ayant massivement recours à une main-d'œuvre peu qualifiée et faisant fi des règles de l’art. Nous avons abordé cette question – qui est déjà une réalité – dans notre précédent article, avec le témoignage édifiant d’un professionnel membre du Réseau, mais on peut penser que nous ne sommes pas au bout de nos peines. L’artisan implanté localement, celui qui a pignon sur rue depuis des années, qui est connu et apprécié de sa communauté pour le sérieux de son travail, celui-ci doit être l’interlocuteur privilégié du consommateur averti. À cette fin, plus que jamais, les bons professionnels doivent afficher leur savoir-faire et prendre en main leur communication.

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