Par Louis Thomas Federspiel | publié le 28-05-2024 à 15:30
Traitement de l’eau, pensez au CO2 !
Une eau trop calcaire pose beaucoup de problèmes : obstruction des canalisations, dégradation et surconsommation des appareils électroménagers et de chauffage, de possibles conséquences sur la peau avec des réactions allergiques ou l’aggravation de syndromes tels que l’eczéma ou le psoriasis, sans oublier une usure plus rapide des textiles lavés avec cette eau… L’intérêt du traitement de l'eau est donc évident, mais quelle technologie choisir ?
En matière de traitement domestique de l’eau, la solution historique et encore largement dominante sur le marché est née aux États-Unis il y a près d’un siècle : c’est l’adoucisseur au sel. Son déploiement en France à partir des années 1970 a été une vraie révolution et son efficacité demeure incontestable. Cela dit, le marché du traitement de l’eau commence à évoluer, non seulement parce que des interrogations d’ordre sanitaire et environnemental commencent à émerger sur l’adoucisseur au sel, mais aussi parce que de nouveaux acteurs proposent une technologie alternative.
L’adoucissement au sel en question
L’un des reproches faits à l’adoucisseur traditionnel, c’est la surconsommation d’eau. Sans trop rentrer dans d’obscures considérations techniques, ce procédé impose une régénération destinée à laver la résine assurant l’échange des ions calcium et magnésium de l’eau par des ions sodium. L'eau est ainsi réellement adoucie puisque les ions responsables de sa dureté ont été remplacés, mais cette phase de régénération est inévitablement consommatrice d’eau, ce qui est un problème aux yeux d’un nombre croissant de consommateurs. Par ailleurs, l’évacuation du chlorure de sodium dans les eaux usées provoque une concentration problématique dans les fosses septiques et les microstations d’épuration, à tel point que certains fabricants de ces équipements recommandent de ne pas installer d’adoucisseur d’eau au sel dans les maisons dotées d’une fosse septique ou d’une microstation dont le fonctionnement risquerait d’être altéré. C’est pour cette raison que certains cantons suisses ou États américains commencent à restreindre ou interdire les adoucisseurs au sel. Un autre risque sanitaire est celui de la prolifération de bactéries dans le lit de résine en cas d’inutilisation prolongée, par exemple à l’occasion d’un départ en vacances. C’est pourquoi les fabricants d’adoucisseurs au sel recommandent de désinfecter régulièrement ces résines…
Technologie alternative
On le voit, en dépit de son efficacité éprouvée, l’adoucissement au sel présente plusieurs faiblesses qui percutent de plus en plus les préoccupations des consommateurs et des pouvoirs publics, d’où l’intérêt pour une autre technique plus récente, mais également très efficace : le traitement au CO2. C’est la société française Ecobulles, partenaire du Réseau Proéco-Energies, qui est à l’origine de cette innovation dont nous raconterons l’étonnante histoire dans un prochain article. Pour résumer, l’intérêt domestique du procédé – qui était notamment utilisé par les maisons de Champagne – a été découvert par accident après son installation dans une exploitation agricole au début des années 1990 où l’on a vite remarqué la disparition du calcaire dans les canalisations. Il a fallu encore une quinzaine d’années et la reprise de l’entreprise pour que cette technologie fasse l’objet d’une communication orientée vers le grand public et les installateurs. Rapidement, les dirigeants de l’entreprise se sont aperçus que l’efficacité du procédé était le premier argument à mettre en avant, car il s’agissait de convaincre !
Les atouts du CO2
Contrairement à l’action des adoucisseurs au sel, le traitement au CO2 conserve les ions calcium et magnésium de l’eau, donc sa dureté minérale est inchangée. Cependant, la tendance à la formation de tartre est significativement réduite grâce à la transformation des carbonates en bicarbonates solubles évitant ainsi la formation de dépôts de calcaire. Le traitement au CO2 est donc très efficace pour échapper aux méfaits du calcaire, mais il ne peut être considéré comme une méthode d'adoucissement de l'eau au sens strict, car il modifie la forme chimique des minéraux responsables de la dureté sans les retirer de l'eau. Les minéraux sont donc conservés et la potabilité de l’eau est préservée sans dénaturation de son goût. Il est même allégué que les bicarbonates générés facilitent la digestion et ont un effet bénéfique sur la peau, notamment chez les personnes souffrant d’eczéma ou de psoriasis, car le pH de l’eau traitée est ramené à un niveau proche de celui de la peau. Enfin, ces bénéfices sont obtenus sans surconsommation d’eau ni rejet de polluants dans les eaux usées et la maintenance – simple et peu coûteuse – se réduit au remplacement annuel de la bouteille de CO2.
Mais pour que ce procédé puisse être considéré comme véritablement écologique, il faut s’interroger sur l’origine du CO2 utilisé. La réglementation interdit aujourd’hui aux sociétés gazières d’aller chercher du CO2 dans les nappes souterraines. C’est ainsi que le CO2 utilisé par Ecobulles pour son procédé est nécessairement capté auprès de l’industrie et filtré pour atteindre une qualité alimentaire avant d’être conditionné en bouteille de 10 kg. Les méthaniseurs sont une autre source possible d’approvisionnement en CO2. En effet, ces dômes que l’on aperçoit parfois en bordure des parcelles agricoles produisent 60 % de méthane, mais aussi 40 % de CO2. Les plus gros méthaniseurs sont capables de capter ce CO2 au lieu de le laisser s’échapper dans l’atmosphère. On évite ainsi sa participation au réchauffement climatique. Ce CO2 est ensuite neutralisé sous forme d’acide carbonique lors de son utilisation dans le traitement de l’eau. On peut alors vraiment parler de CO2 vert.
Vers un nouveau partage du marché ?
En dépit de ses avantages, le traitement de l'eau au CO2 reste marginal face à l’adoucissement au sel qui représente encore 90 % du marché. Une inertie qui peut s’expliquer par sa longue antériorité, par les habitudes prises par le public et les professionnels, mais aussi par le poids de certains industriels qui sont en mesure de proposer des produits asiatiques d’entrée de gamme à des prix accrocheurs, parfois dès 400 € (hors pose, tout de même). A l'autre extrémité du spectre, des acteurs de référence comme Judo ou BWT proposent des adoucisseurs de qualité à des prix pouvant dépasser 2 000 €. C'est dans cette même zone de prix que l'on trouve Ecobulles qui fait également figure d'acteur premium.
Toujours est-il que la dynamique semble lancée. Il est d’ailleurs à noter qu’Ecobulles n’est plus la seule entreprise à proposer un système de traitement de l'eau au CO2. Certes, ce sont encore des acteurs modestes face aux poids lourds de l'adoucissement, mais l'intérêt du procédé devrait lui assurer un bel avenir.
