Par Valentin MASSY | Manuel BARBAUX | Louis Thomas Federspiel | publié le 21-06-2024 à 14:05
Assainissement par phytoépuration : mettez-vous aux plantes !
L’assainissement des eaux usées fait partie de ces questions essentielles parfois éloignées de nos préoccupations. Pourtant, ce processus d’épuration concerne tous les foyers et doit permettre de réduire l’impact sur la santé humaine et le milieu dans lequel ces eaux sont déversées. Nous allons voir que les plantes peuvent constituer une solution séduisante…
Si vous n’êtes pas familier du sujet, commençons par cadrer les choses en rappelant brièvement qu’il existe plusieurs systèmes d’assainissement des eaux usées, chacun avec ses propres caractéristiques, avantages et inconvénients :
1. Tout-à-l’égout : système collectif où les eaux usées sont collectées via un réseau de canalisations et traitées dans une station d’épuration. Ce système offre une gestion centralisée et efficace, mais nécessite l’accès à des infrastructures publiques.
2. Fosse septique : système individuel où les eaux usées sont prétraitées dans une fosse, les éléments solides se déposant au fond. Les eaux clarifiées sont évacuées dans un champ d’épandage ou un filtre à sable. Simple et relativement peu coûteux, ce système nécessite cependant un entretien régulier et peut poser des problèmes d’odeurs et de conformité.
3. Microstation d’épuration : système individuel ou semi-collectif utilisant des processus biologiques pour traiter les eaux usées. Compact et performant, il convient aux petites parcelles mais est plus coûteux que la fosse septique et requiert une maintenance régulière ainsi qu’une alimentation électrique.
4. Phytoépuration (filtres plantés de roseaux) : système écologique utilisant des plantes pour traiter les eaux usées. Les eaux passent à travers des bassins remplis de granulats et plantés de roseaux qui filtrent et purifient l’eau. Ce système est esthétique, écologique et demande un entretien très limité de type jardinier (coupe des végétaux, retrait des mauvaises herbes, etc.), mais nécessite un minimum d’espace.
5. Filtre à sable : système complémentaire ou alternatif à la fosse septique où les eaux usées prétraitées passent à travers des couches de sable, retenant les particules et polluants. Efficace et simple à installer, ce système demande un entretien périodique et peut se dégrader.
6. Lagunage : système naturel utilisant des bassins successifs pour traiter les eaux usées par sédimentation, dégradation biologique et filtration par les plantes. Écologique et à faible coût de fonctionnement, il nécessite beaucoup d’espace et ses performances varient selon les saisons et la gestion.
La phytoépuration, comment ça fonctionne ?
La phytoépuration n’est pas la moins intéressante de ces techniques. Pour la comprendre, il faut imaginer un gros bassin à l’intérieur duquel on a disposé trois couches de granulats, du plus gros, qui se situe tout au fond, au plus fin, en surface. Généralement, on utilise du sable 0,4 comme dernière couche pour planter les végétaux. On utilise une essence florale assez coriace et locale : le Phragmite australis, c’est-à-dire le roseau commun. Et dans ces massifs de granulats, les végétaux vont traiter la pollution entrante. La phytoépuration est ainsi un système relativement propre qui peut se passer de fosses ou de cuves enterrées pour stocker les matières en attendant leur décantation. Cela consiste plutôt en un compostage des matières en aérobie, c’est-à-dire en présence d’oxygène, donc en surface.
Ce système d’assainissement est très puissant. Il fonctionne avec une entrée haute et une sortie basse. Les effluents qui proviennent de l’habitation contiennent toutes les eaux usées de l’habitation (WC, lave-linge, lave-vaisselle, cuisine et salle de bains). Tout cela est dirigé directement vers le filtre planté. Les eaux usées sont répandues sur toute la surface de la filière et captées par les végétaux pour être traitées par les bactéries qui se trouvent sur le système racinaire. Ensuite, l’eau va s’infiltrer progressivement à travers le massif pour être récupérée par un système de drainage en bas de la filière. Il faut imaginer environ un mètre de dénivelé entre l’entrée et la sortie. L’eau traitée est ensuite envoyée vers un milieu récepteur à disposition. Ce peut être directement le sol du terrain, un cours d’eau à proximité, un fossé communal ou un réseau d’eau pluviale, tout simplement.
Assainissement non-collectif ou collectif ?
Nous parlons ici de phytoépuration en assainissement non-collectif, c’est-à-dire d’une solution de traitement des eaux usées issues d’une maison pouvant avantageusement remplacer une fosse septique ou une microstation. Mais la phytoépuration est aussi compatible avec l’assainissement collectif et peut même s’envisager pour les communes comptant jusqu’à 5 000 équivalents habitants*. Entre les deux, il y a l’assainissement semi-collectif à l’échelle du lotissement ou du hameau. Cela dit, la phytoépuration a tout de même ses limites et les stations d’épuration classiques dites « béton » deviennent incontournables lorsqu’il s’agit de traiter les rejets d’une agglomération plus importante ou d’un site industriel.
Une solution séduisante, mais réservée à certains…
Écologique, esthétique et pratiquement sans entretien, la phytoépuration ne manque pas de qualités. Cela dit, elle n’est pas pour tout le monde. En premier lieu, elle ne peut intéresser que ceux qui en ont déjà entendu parler ! En effet, la phytoépuration souffre d’un déficit de notoriété et ceux qui se tournent vers elle ont généralement une certaine sensibilité environnementale. Il y a peu de sensibilisation des pouvoirs publics et les quelques aides disponibles n’existent qu’à l’échelle locale (commune ou département) et sont plutôt en voie d’extinction. Cela dit, les filières d’assainissement qui ne sont plus aux normes, comme les fosses septiques classiques, commencent à être amendées. Les autorités compétentes envoient des courriers informant les propriétaires qu’ils disposent d’un délai pour effectuer les travaux nécessaires sous peine d’amende. Cependant, les banques proposent toujours des prêts à taux zéro jusqu’à 10 000 € pour financer ces travaux.
Par ailleurs, la phytoépuration nécessite un minimum de terrain et s’envisage donc plus facilement à la campagne. Pour le reste, si le terrain ne présente pas une dénivellation suffisante entre la maison et l’installation (au moins 5 %), on devra recourir à un poste de relevage pour alimenter la filière. Ce système électromécanique permet de stocker 60 litres d’eau dans une cuve qui, une fois pleine, déclenche une pompe pour envoyer les eaux vers la filière d’assainissement. Mais naturellement, c’est l’alimentation gravitaire qui est privilégiée par les clients. S’agissant de l’emprise au sol, elle est moins importante qu’on pourrait le penser. Pour une phytoépuration Aquatiris, il suffit de multiplier par deux l’équivalent-habitant (EH) pour obtenir la surface en m². Donc pour une maison comptant 5 équivalent-habitants, une filière de 10 m² est suffisante, ce qui est beaucoup moins envahissant qu’un système de lagunage ou de filtre à sable (25 m² pour ce dernier).
Chantier et mise en place d’une phytoépuration
Le chantier d’installation nécessite entre 3 et 10 jours selon les difficultés d’accès et le relief du terrain. Les travaux consistent simplement à réaliser une fouille d’un mètre de profondeur pour y déposer un bac préfabriqué en polyéthylène haute densité (PEHD) qui répondra parfaitement à la plupart des besoins, mais pour un dimensionnement sur mesure, on peut faire appel à un maçon pour réaliser une structure en agglo coffrant dans laquelle sera déposée une membrane d’étanchéité. À noter que la fabrication des bacs a été améliorée de sorte que leur résistance dans le temps ne pose aujourd’hui aucun problème.
Une fois la phytoépuration installée, il faut attendre un ou deux ans avant qu’elle soit pleinement opérationnelle, le temps que les végétaux recouvrent l’intégralité de la surface du filtre planté. Ensuite, une phytoépuration qui fonctionne bien n’occasionne aucune nuisance. D’ailleurs, pour l’assainissement non collectif, trois grandes règles doivent être respectées :
1. Pas de nuisances olfactives : aucune odeur ne doit émaner du système d’assainissement. Les mauvaises odeurs sont généralement causées par la fermentation de matières organiques en milieu anoxique (sans oxygène).
2. Pas de prolifération de moustiques : l’eau stagnante favorise la prolifération des moustiques et la création d’odeurs désagréables. En phytoépuration, l’eau est infiltrée directement le massif de granulats, évitant ainsi la stagnation et les problèmes associés.
3. Assurer la sécurité et la protection sanitaire : il ne doit pas y avoir de contact avec les eaux usées. Pour cela, des mesures de protection comme des clôtures ou des grilles en acier galvanisé sont installées autour de la filière de phytoépuration pour éviter tout accident ou manipulation inappropriée. Les enfants ou les animaux du foyer sont donc à l’abri de tout risque.
Bonnes pratiques pour éviter les problèmes
Il est préférable d’éviter de rejeter des produits à forte concentration en javel. Ces bactéricides peuvent en effet détruire les bactéries nécessaires au traitement des eaux usées, que ce soit en système collectif ou non-collectif. Bien que la javel diluée puisse être tolérée, il faut respecter les taux de dilution et éviter un usage excessif. De plus, il est déconseillé de nettoyer des pinceaux dans l’évier, car les peintures sont des agents chimiques lourds pouvant obstruer les systèmes d’assainissement. Cela dit, ces recommandations ne doivent pas être vues comme des contraintes spécifiquement liées à la phytoépuration, car elles sont valables pour toutes les filières d’assainissement.
Phytoépuration, quel entretien ?
Une fois opérationnel, un système de phytoépuration ne demande que peu d'entretien. Tout au plus, une coupe des roseaux (faucardage) à l’arrivée du printemps est nécessaire pour favoriser la reprise des prochains roseaux et un curage du dépôt en surface du filtre s'impose suite à l’accumulation d’environ 10 cm de compost. Certes, l’aspect des roseaux peut évoluer selon la période de l’année, les températures ou l’ensoleillement, ce qui peut parfois inquiéter, mais le système racinaire reste toujours en ordre de marche. Les seuls cas de dépannage qui peuvent éventuellement s’envisager concernent les postes de relevage, lorsqu’il y en a.
Combien ça coûte ?
La phytoépuration proposée par Aquatiris offre deux options : faire appel à une entreprise de pose qui se charge de tous les travaux, ou opter pour l’autoconstruction. Dans ce dernier cas, on doit consulter un bureau d’études franchisé qui fournit le matériel nécessaire et un suivi pour accompagner le client durant le chantier, ce qui peut réduire le coût d’au moins 30 % par rapport à une entreprise de pose. Pour une habitation standard, les travaux réalisés par une entreprise coûtent entre 12 000 et 14 000 €, tandis que l’autoconstruction se situe entre 6 000 et 7 000 €. Cependant, la plupart des clients préfèrent le format entreprise en raison de l’importance des travaux de terrassement et d’acheminement de matériaux.
Quel marché pour la phytoépuration ?
En France, il n’y a que deux acteurs en phytoépuration, et Aquatiris est le leader couvrant l’ensemble du territoire. Les stations de phytoépuration sont plus nombreuses chaque année, mais elles ne représentent encore que 5 % des filières d’assainissement installées. La microstation, bien plus connue grâce à des campagnes publicitaires, domine le marché. Cependant, la phytoépuration commence à gagner en popularité. Une tendance qui devrait logiquement se confirmer au regard de ses nombreux avantages environnementaux.
* L’équivalent-habitant (EH) est une unité de mesure standardisée utilisée pour évaluer les besoins en traitement des eaux usées, facilitant la gestion et le dimensionnement des systèmes d’assainissement.
Merci à Valentin Massy de la société Barbaux Assainissement, agréée Aquatiris et membre du Réseau Proéco-Energies, pour ses explications et son aide à la rédaction de cet article.
