Interview

Par Louis Thomas Federspiel | publié le 12-09-2024 à 09:17

Chauffage au bois, juste une mise au point…

Lors du dernier congrès national du Réseau Proéco-Energies qui s’est déroulé à Clermont-Ferrand les 14 et 15 juin 2024, Aymeric de Galembert, président du groupe Seguin et coprésident du SER (syndicat des énergies renouvelable) filière bois domestique, s’est exprimé sur les atouts du chauffage au bois :

  • Le bois demeure l’une des énergies les moins chères pour se chauffer.
  • La production française permet amplement l’autosuffisance en bois de chauffage.
  • Energie renouvelable, le bois de chauffage libère le CO2 capté au moment de sa croissance.
  • Le confort du chauffage au bois est incomparable et participe au bien-être en hiver.
Zoom sur le poêle de masse
Chauffage au bois, juste une mise au point…
Aymeric de Galembert, président du groupe Seguin et coprésident du SER (syndicat des énergies renouvelable) filière bois domestique, s’est exprimé lors du congrès national du Réseau Proéco-Energies de juin 2024.

C’est en sa qualité de coprésident du SER qu’Aymeric de Galembert a pris la parole devant une centaine d’entrepreneurs du bâtiment dont beaucoup sont familiers de la biomasse. Ses fonctions lui donnent l’occasion d’avoir des relations régulières avec les autorités sur l’avenir de cette énergie et selon ses propres termes, « il y a de quoi se poser des questions, car on entend beaucoup de choses sur la biomasse. Il y a des menaces et on a l’impression d’un début de moindre soutien des pouvoirs publics ». Il est vrai que l’inconstance des politiques d’aide à la rénovation énergétique est de nature à désorienter les consommateurs comme les professionnels. L’annonce de la fin des aides aux mono-gestes, dont l’installation d’appareils de chauffage à bois, puis finalement leur maintien, mais avec une baisse de 30 %, sans oublier les changements autour du diagnostic de performance énergétique (DPE), etc. Tout cela n’aide pas à y voir clair. Il convient donc de reprendre une à une les questions qui se posent autour de la biomasse « pour essayer de savoir s’il y a des raisons de craindre pour l’avenir de nos métiers, ou au contraire s’il y a des raisons d’espérer ».

L’énergie bois, quelle disponibilité ?

La première question qui est régulièrement posée sur l’énergie bois concerne sa disponibilité, notamment depuis la crise du printemps 2022 (voir notre article à ce sujet) au cours de laquelle le prix du granulé de bois s’est envolé en raison d’un emballement de la demande. « Ce n’était pas une vraie crise de disponibilité, mais plutôt une crise de panique des consommateurs avec du stockage en excès. Cela a fait beaucoup de mal et il faudra des années avant une restauration complète de la confiance, mais aujourd’hui, la demande de granulés est très en dessous des capacités de production et de vente. C’est pour cela que les prix sont redescendus en dessous des prix de l’époque si l’on prend en compte l’inflation », constate Aymeric de Galembert. Certes, cette crise-là était ponctuelle, mais qu’en est-il de la disponibilité globale à plus long terme ? « Il y a une crainte lancinante : y aura-t-il assez de bois pour tout le monde ? À court terme, cette question paraît hors de propos puisque les exploitants forestiers nous disent qu’ils ont trop de bois sur les bras, que la demande n’est pas assez forte, et cela pour différentes raisons : l’hiver a été doux, la construction est moins active… Mais alors pourquoi le problème se pose autrement dans l’esprit de nos dirigeants ? Probablement parce que nous avons l’habitude d’aborder la question en partant d’extrapolations à long terme fournies par les filières de biocarburants et autres énergies renouvelables. Tout cela repose sur l’idée d’une simple conversion aux énergies vertes, comme si l’on cherchait à remplacer toutes les énergies fossiles par du renouvelable, mais sans changer nos modes de consommation. Évidemment, si l’on fait des projections à 30 ans en calculant ainsi, on peut penser qu’il n’y aura pas assez de biomasse. Revoir nos usages est difficile à accepter pour beaucoup de gens, y compris pour nos dirigeants. »

En revanche, Aymeric de Galembert souligne que nous sommes aujourd’hui très loin d’un problème de disponibilité : « Si l’on regarde ce qu’il se passe aujourd’hui, on peut dire que le bois bûche est la ressource la plus économique et que le granulé est déjà redevenu la deuxième ressource la plus économique. À un horizon plus raisonnable de 10 ans, il va falloir tenir compte de la hausse structurelle et durable du prix de l’électricité alors que s’agissant du bois, des investissements ont été lancés. La production aura donc tendance à augmenter tandis que l’installation d’appareils de chauffage à bois s’est effondrée depuis 18 mois. On risque donc d’avoir une crise de surcapacité de production sur les deux à trois prochaines années. » Pour autant le développement de la filière bois ne se fait pas au détriment de la ressource : « Aujourd’hui, on prélève moins de la moitié de l’accroissement des forêts. On peut affirmer que l’exploitation des forêts est positive, parce qu’elle permet une repousse plus rapide, une gestion raisonnée, une rotation des espèces et l’adaptation au changement climatique, etc. On peut aussi entendre des arguments contraires liés à la biodiversité, mais toujours est-il que la ressource bois est loin d’être menacée par une exploitation excessive et cela pour plusieurs raisons : parce que les nouveaux appareils consomment nettement moins que les anciens, les maisons sont mieux isolées et les hivers sont plus doux. »

L’énergie bois, une menace pour la qualité de l’air ?

Voici une autre accusation souvent érigée contre l’énergie bois : elle serait responsable de 60 % des particules fines dans l’air. Ce chiffre impressionnant et largement diffusé ne provient pas d’une mesure, mais de calculs théoriques qu’il convient de mettre en cause, ce que le Syndicat des énergies renouvelable n’a pas manqué de faire. Aymeric de Galembert poursuit : « Comme les appareils de chauffage au bois fonctionnent surtout en hiver, cela signifie que l’on devrait avoir cinq fois plus de pollution en hiver qu’en été. Les particules ne restant en suspension dans l’air que deux à trois jours, il devrait y avoir une forte corrélation entre émissions et concentration. Pourtant, ce n’est pas ce que l’on constate. Donc, à défaut d’avoir pu collaborer avec Airparif (organisme français agréé par le ministère de l’Environnement pour la surveillance de la qualité de l’air en région Île-de-France), nous avons décidé de faire notre propre étude avec le concours du cabinet Meersens connu pour son expertise en matière de qualité de l’air. Nous avons obtenu très facilement les données publiques de pollution mesurées par tous les capteurs de France, et pour avoir une vision précise des choses, on ne s’est pas contenté de regarder l’augmentation de la pollution pendant les mois d’hiver, mais nous sommes rentrés dans le détail en faisant des mesures de corrélation, en distinguant les jours où la température reste au-dessus de 15 °C, nuits comprises, où l’on peut raisonnablement penser que les appareils de chauffage ne fonctionnent pas, puis les jours de température modérée où il n’y a de la fraîcheur que la nuit avec un peu de consommation et enfin, les jours de vrai froid où l’on peut se dire que l’on a un poids réel. Il ressort de tout cela que si l’énergie bois était responsable de toute la population additionnelle sur ces jours froids, on arrive au chiffre de 13 %. Et encore, on ne tient pas compte du fait que les voitures thermiques consomment plus par grand froid et que les centrales à charbon allemandes tournent davantage, etc. Il y a plein de choses qui génèrent des particules. On voit que le chiffre de 60 % de particules fines à cause du bois est très loin de la réalité. Il faut arrêter de se laisser faire, car nous avons des arguments importants à faire valoir pour défendre notre filière. » On pourrait ajouter que le bois est une énergie renouvelable pouvant viser un bilan carbone neutre puisque la quantité de CO2 émise lors de sa combustion est égale à celle que l’arbre a absorbée durant sa croissance.

Le chauffage au bois, une pratique ancestrale…

Il faut dire que l’énergie bois a bien progressé depuis que l’Homo Erectus a commencé à l’utiliser pour se chauffer, il y a au moins 400 000 ans. « Les appareils actuels polluent beaucoup moins qu’il y a 20 ans et à chaque fois que l’on ferme un foyer ouvert ou que l’on remplace un vieux poêle, on réalise un gain considérable, de sorte que le développement de la filière avec les appareils actuels va dans le sens d’une amélioration de la qualité de l’air », assure Aymeric de Galembert. « Parmi les arguments pour défendre la filière, rappelons que le bois est de loin la première énergie renouvelable de France, aussi bien en termes de kilowattheures produits, que d’emploi ou de valeur ajoutée. Elle représente 30 000 emplois directs, 100 000 emplois indirects et jusqu’à 400 000 emplois si l’on considère l’ensemble de la filière française du bois dont les branches sont interdépendantes. En effet, le bois énergie a besoin des connexes produits par le bois d’œuvre, mais le bois d’œuvre a aussi besoin du bois énergie pour valoriser ses connexes et atteindre un meilleur équilibre économique. C’est donc toute une filière qui vit ensemble. » Autre argument de défense de la filière : la valeur ajoutée dépasse les 3 milliards d’euros et se situe essentiellement en France. « Même si beaucoup d’appareils de chauffage sont produits à l’étranger, les installateurs sont français, la fumisterie et la fabrication des appareils à bois sont largement françaises et les combustibles sont forcément locaux. Quand on additionne tout cela, on arrive à 85 % de valeur ajoutée localisée en France, un score bien meilleur que les autres énergies. »

Par ailleurs, l’énergie bois offre une excellente réponse aux faiblesses de l’énergie électrique. La gestion des pics de consommation électrique demeure problématique à défaut d’une solution de stockage. Pour cette même raison, on ne peut guère compter sur l’énergie solaire pendant la nuit. Preuve de son caractère indispensable, « si nous devions du jour au lendemain renoncer à la biomasse, ce n’est pas moins de dix centrales nucléaires supplémentaires que nous devrions construire, en plus de celles qui nous font déjà défaut ! », ajoute Aymeric de Galembert.

… et une énergie d’avenir

Enfin, il y a un autre argument important en faveur du chauffage au bois : celui du bien-être. « D’abord, l’idée selon laquelle il faudrait une même température dans toutes les pièces de la maison est une erreur. Les chambres peuvent rester autour de 18 °C alors que les pièces de vie seront plus confortables à 22 °C, surtout si l’on y est statique. Les besoins ne sont pas uniformes à l’intérieur du logement, d’où l’intérêt d’avoir un point chaud au cœur de la maison à proximité duquel on aura plus de confort pour télétravailler ou regarder un film, par exemple. Ensuite, le feu de bois constitue une excellente luminothérapie. La présence d’un insert ou d’un poêle à bois au cœur du foyer compense les UV solaires qui manquent à notre bien-être en hiver. Enfin, il ne faudrait sous-estimer la dimension contemplative du feu de bois. Alors que nous vivons souvent dans des environnements très artificiels et entourés d’écrans, le simple fait d’être exposé à ce phénomène naturel contribue à rééquilibrer notre bien-être général. Cela peut paraître moins sérieux que les grands équilibres économiques évoqués plus haut, mais ce sont des aspects importants pour nombre d’utilisateurs. D’ailleurs, ces considérations ont été bien intégrées par les pays scandinaves, notamment la Norvège où l’on compte en moyenne deux appareils au bois par maison. »

On le voit, l’énergie bois ne manque pas d’atouts économiques ou écologiques à faire valoir. Aymeric de Galembert conclut ainsi son discours aux professionnels : « Pour toutes ces raisons, le bois s’impose comme une vraie énergie d’avenir. Il faut la défendre, ce que je m’emploie à faire auprès des autorités et c’est à vous, installateurs, de la défendre au quotidien auprès de vos clients qui sont parfois perdus. Ils ont entendu tellement de choses, des mesures qui vont dans un sens, puis dans l’autre… Et lorsqu’on a convaincu le client, il faut aussi le former, car si les appareils actuels sont plus performants que ceux d’hier, leur utilisation est aussi plus exigeante. Donc votre rôle, en tant qu’installateur, est encore plus important qu’avant. On ne peut pas se contenter d’être compétent techniquement, il ne faut pas seulement réaliser une installation de qualité, mais aussi assurer l’accompagnement pédagogique. Cette évolution n’est pas une contrainte, mais l’occasion d’être plus utile que jamais à nos clients, l’opportunité de défendre nos métiers corps et âme. »

Un grand merci à Aymeric de Galembert pour son intervention et son dialogue avec les membres du Réseau Proéco-Energies qui ont tous apprécié cet échange.

Zoom sur le poêle de masse