Rénovation Énergétique

Par Louis Thomas Federspiel | publié le 22-01-2024 à 22:50

MaPrimeRénov’ en 2024 : le changement, c’est maintenant !

Les conditions d’éligibilité à MaPimeRénov’ sont largement remodelées en 2024 afin d’encourager les ménages à rénover leur logement en profondeur, mais il y aura des déceptions.

Un réseau d’artisans pas comme les autres
MaPrimeRénov’ en 2024 : le changement, c’est maintenant !
Avec un budget en hausse, mais une priorité aux rénovations d’ampleur au détriment des rénovations par geste, MaPrimeRénov' risque de peiner à convaincre en 2024.

Cette aide publique veut encourager les ménages à se lancer dans la rénovation énergétique de leur logement. Pour tenter d’y parvenir, elle est largement refondue cette année avec une dotation en très forte hausse : alors que son budget était de 1,6 milliard en 2022, il passait à 2,4 en 2023. Pour 2024, on a d’abord annoncé 4 milliards, puis 5 milliards à l’automne et enfin 6 milliards aujourd’hui ! Les supports de communication du ministère de la Transition écologique peinent d’ailleurs à suivre le rythme des annonces et affichent des informations déjà périmées… Toujours est-il que MaPrimeRénov’ a déjà permis de rénover 2 millions de logements en France, selon le ministère de la Transition écologique.

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En dépit d’un budget plus ambitieux que jamais, certains travaux ne seront plus éligibles, les pouvoirs publics souhaitant favoriser des travaux d’ampleur qui devront concerner plusieurs aspects d’un même logement. Le gouvernement espère encourager 200 000 rénovations thermiques dès 2024, soit plus du double de ce qui a été pratiqué en 2023. Une belle ambition qui paraît difficile à atteindre. Pour toute nouvelle demande d’aide à partir du 1er janvier 2024, le dispositif MaPrimeRénov’ est désormais disponible en deux versions :

  • MaPrimeRénov’ Décarbonation, centrée sur le changement du système de chauffage, qui peut aussi s’accompagner d’un geste d’isolation.
  • MaPrimeRénov’ Rénovation d’ampleur, pour les ménages qui engagent un bouquet de travaux permettant un saut de deux classes minimum sur le DPE.

Exclusion des rénovations par gestes

Mauvaise nouvelle pour les ménages qui avaient prévu une « petite » rénovation ne concernant qu’un seul aspect de leur logement. Les « monogestes » ne sont plus éligibles à MaPrimeRénov’. Si l’on veut seulement remplacer ses fenêtres ou isoler ses murs, il faudra se passer de cette aide. Ces "petits" travaux, réalisés un à un, représentaient pourtant 90 % des cas bénéficiant de la prime en 2022. Et pour cause, la plupart des foyers rechignent à s’engager dans une rénovation globale de leur logement, non seulement à cause des contraintes logistiques que cela suppose (où habiter pendant les travaux ?), mais aussi en raison de son coût forcément plus élevé. Même si une part importante peut en être financée par MaPrimeRénov’, le reste à charge demeure souvent dissuasif.

Cap sur les rénovations d’ampleur

Pour être éligible à la prime, il faudra se lancer dans une « rénovation d’ampleur » qui suppose que deux conditions soient réunies. Il faut d’abord que la note énergétique du logement (classé de A à G) grimpe de deux niveaux minimum une fois les travaux terminés, ce que l’on appelle un « saut de classe ». Il faut ensuite que les travaux comprennent deux « gestes » différents, dont un concernant l’isolation et – si l’on se chauffe au fioul – le changement du système de chauffage est également requis.

La prime, en pourcentage du coût total de l’opération, est calculée selon deux critères : le nombre de saut de classe et le niveau de revenu du ménage. À noter que les rénovations des logements E, F et G pourront tout de même être effectuées en deux étapes sur une période de 5 ans. Par ailleurs, de nouveaux types de travaux pourront être compris dans ces rénovations. C’est notamment le cas de l’installation d’une pompe à chaleur air/air. À l’inverse, l’aide en faveur du chauffage au bois baisse de 30 %. Une mesure surprenante tant l’énergie bois paraît vertueuse : la combustion du bois libère le CO2 capté au moment de sa croissance ; le bois demeure l’une des énergies les moins chères pour se chauffer ; et la production française en bois de chauffage permet l’autosuffisance. Il semblerait bien que la préférence des pouvoirs publics aille vers la pompe à chaleur* malgré la tendance très haussière du prix de l’électricité.

Majoration pour les ménages les plus modestes

Pour les ménages aux revenus très modestes, les montants de la prime pour les rénovations d’ampleur sont nettement relevés, de 35 000 euros à 70 000 euros maximum. Par exemple, pour une rénovation avec 4 sauts de classes entreprise par un ménage aux revenus très modestes, MaPrimeRénov’ peut désormais couvrir jusqu’à 90 % du montant total des travaux, plafonnée à 70 000 euros. À noter tout de même que MaPrimeRénov’ Rénovation d’ampleur n’est pas cumulable avec les CEE (Certificat d’économie d’énergie) et impose la réalisation d’un DPE (diagnostic de performance énergétique).

Relèvement de la prime pour le chauffage décarboné

Le seul « monogeste » encore éligible à MaPrimeRénov’ est l’adoption d’un système de chauffage ou de production d’eau chaude sanitaire décarboné. Il peut s’agir d’une pompe à chaleur, d’une chaudière biomasse, d’un poêle à bois ou d’une installation géothermique, par exemple. MaPrimeRénov’ Décarbonation prend la forme d’une aide forfaitaire (cumulable avec les CEE) qui dépend du type de travaux et du niveau de revenus. La réalisation d’un DPE par un organisme certifié est obligatoire que ce soit pour un appartement ou une maison. Mais attention, à partir du 1er juillet 2024, la prime pour le changement de solution de chauffage ne sera plus appliquée aux maisons considérées comme des passoires thermiques (classées F et G). Le ministère de la Transition énergétique entend réserver cette aide aux logements disposant d’une isolation suffisante. En revanche, les appartements classés F et G pourront bénéficier de MaPrimeRénov’ Décarbonation sans limite de durée.

Accompagnement obligatoire

Jusqu’à maintenant, certains travaux de rénovation énergétique pouvaient bénéficier de MaPrimeRénov’ sans contrôle de la part de France Rénov’. C’est impossible à partir de 2024. Pour bénéficier de MaPrimeRénov’, le logement rénové devra être visité à deux reprises par un MAR (Mon Accompagnateur Renov’) qui réalisera un audit réglementaire.

Des changements… qui ne vont rien changer ?

Que penser de ces évolutions ? Pour se faire un avis, on peut déjà faire un bilan de l’année 2023 : il se trouve que 8 % des 2,4 milliards d’euros prévus pour l’année dernière n’ont pas été dépensés, ce qui n’a pas empêché de multiplier par 2,5 le budget de MaPrimeRénov’ pour 2024. L’objectif paraît intenable, surtout si l’on considère les restrictions apparues au 1er janvier. Les faiblesses du dispositif sont nombreuses et identifiées depuis longtemps par les professionnels du bâtiment. Citons la complexité excessive des dossiers de demande et la lenteur de leur traitement par l’Anah (Agence nationale de l’habitat), au point que le label RGE, indispensable pour solliciter MaPrimeRénov’, connaît une baisse du nombre des entreprises certifiées. Ce tableau peut donner l’impression que le budget spectaculaire de 6 milliards d’euros annoncé pour 2024 est fait pour ne pas être dépensé. De nombreux professionnels constatent d’ailleurs une baisse de leurs commandes pour 2024… Il n’en demeure pas moins que le label RGE reste une marque de sérieux à laquelle sont attachées beaucoup d’entreprises et de nombreux consommateurs.

Et le Réseau Proéco Energies dans tout ça ?

Il y aurait encore beaucoup à dire sur les angles morts de MaPrimeRénov’, nous y reviendrons sans doute dans une prochaine publication, mais dans ce contexte de chasses aux primes, quelle est la posture du Réseau Proéco Energies et de ses membres ? La réponse est simple. Le Réseau n’a pas attendu MaPrimeRénov’ et se construit depuis une quinzaine d’années autour de valeurs claires : économies d’énergie, confort de l’habitat, amour du travail bien fait, respect et satisfaction du client. C’est ce qui anime les 520 membres du Réseau, tous des professionnels honorablement connus et recrutés avec la bénédiction de leurs pairs. À ce jour, ce savoir-faire est illustré par plus de 30 000 réalisations publiées et 5 000 avis de clients satisfaits. Notre projet est donc de rester concentrés sur nos valeurs, de continuer à faire du bon travail et de le faire savoir.

* Le gouvernement veut tripler les capacités de production de pompes à chaleur en France pour les porter à 1 million par an dès 2027. Pour y parvenir, un crédit d’impôt permettant de subventionner les investissements des professionnels du secteur à hauteur de 20 à 25 % a été intégré au projet de loi de finances pour 2024. L’objectif affiché est d’atteindre 2 milliards d’euros d’investissements d’ici fin 2027, ce qui correspond à une dizaine d’usines nouvelles.

Un réseau d’artisans pas comme les autres